jeudi 13 juin 2019

Aérosol

Pour nous le temps n’est pas figé.
Qu’elle soit minerai antique ou moulage plâtre, chaque statue naît d’un instant de vie qu’elle préservera à jamais. Voyageurs immobiles, nous voilà à la fois à Rome et à Paris, maintenant et il y a mille ans.
Que nous soyons de marbre ou de chair,
L’imaginaire et la technique nous façonnent et nous fascinent, car le sculpteur dans sa patience a pour matière autant la roche métamorphique que la métamorphose de nos âmes. Ainsi loin des visages impavides, il parvient à provoquer l’illusion du sentiment. Seulement.
Seulement il faut l’éclat.
Non pas celui qu’on trouve entre nos veines, mais celui de nos orbites, dans lesquelles parfois des élans pleins d’une attention bienveillante y logeaient de jolis petits cailloux précieux et brillants.
Mais aujourd'hui nos yeux s’irisent.
Il s’ouvrent comme s’ouvre le regard du nouveau-né. Un regard neuf et vif redonnant ardeur à l’énergie originelle prodiguée par notre créateur. Nos visages engourdis s’animent et agitent vos pensées. C’est l'expression de notre renaissance.
L’intention est là.
Elle l’a toujours été. Diaprée, elle s’érige en dialogue, se déploie, vous atteint et vous étonne : désormais nous pouvons admirer nos peaux de pierres à la patine mâtinée d'histoires, projeter notre humanité, faire preuve de compassion, être en empathie ou plus simplement partager la complicité d’un clin d’œil furtif.
Tout ceci est bien étrange.
Mais il semble que nous échangeons, que nous habitons le même endroit et le même moment.
Est-ce un effet de miroir ? Sommes-nous dans une rencontre, un "dating" ?
Il n'y aura pas de numéro entre nous, juste le grain des émotions pures que nous porterons jusqu’à l’Éden de nos souvenirs. Car dans le tremblement de nos pupilles, nous sommes tous là, à vouloir engloutir le monde, à nous remémorer l'éternité.
A peine plus qu’un reflet fugace, nous vous observons, humains éphémères.

Philippe Pimor