— Pour
nous le temps n’est pas figé.
Qu’elle
soit minerai antique ou moulage plâtre, chaque statue naît d’un
instant de vie qu’elle préservera à jamais. Voyageurs immobiles,
nous voilà à la fois à Rome et à Paris, maintenant et il y a
mille ans.
— Que
nous soyons de marbre ou de chair,
L’imaginaire
et la technique nous façonnent et nous fascinent, car le sculpteur
dans sa patience a pour matière autant la roche métamorphique que
la métamorphose de nos âmes. Ainsi loin des visages impavides, il
parvient à provoquer l’illusion du sentiment. Seulement.
—
Seulement
il faut l’éclat.
Non
pas celui qu’on trouve entre nos veines, mais celui de nos orbites,
dans lesquelles parfois des élans pleins d’une attention
bienveillante y logeaient de jolis petits cailloux précieux et
brillants.
— Mais
aujourd'hui nos yeux s’irisent.
Il
s’ouvrent comme s’ouvre le regard du nouveau-né. Un regard neuf
et vif redonnant ardeur à l’énergie originelle prodiguée par
notre créateur. Nos visages engourdis s’animent et agitent vos
pensées. C’est l'expression de notre renaissance.
—
L’intention
est là.
Elle
l’a toujours été. Diaprée, elle s’érige en dialogue, se
déploie, vous atteint et vous étonne : désormais nous pouvons
admirer nos peaux de pierres à la patine mâtinée d'histoires,
projeter notre humanité, faire preuve de compassion, être en
empathie ou plus simplement partager la complicité d’un clin d’œil
furtif.
— Tout
ceci est bien étrange.
Mais
il semble que nous échangeons, que nous habitons le même endroit et
le même moment.
—
Est-ce
un effet de miroir ? Sommes-nous dans une rencontre, un "dating"
?
Il
n'y aura pas de numéro entre nous, juste le grain des émotions
pures que nous porterons jusqu’à l’Éden de nos souvenirs. Car
dans le tremblement de nos pupilles, nous sommes tous là, à vouloir
engloutir le monde, à nous remémorer l'éternité.
A
peine plus qu’un reflet fugace, nous vous observons, humains
éphémères.
Philippe
Pimor