Dakota dream.
Je fais mon turf au Parisien et bien que plongé dans mes réflexions
hippiques, mon regard se fige sur sa silhouette. Albertine rentre d'un
trek en Inde. Elle projette de rencontrer sur une plage au bord du
Missouri un amérindien pour fonder une famille, car dit-elle "Rien de
mieux qu'un papa animiste, soufflant dans sa flûte et tripotant son
tambourin !" Elle a assez bourlingué comme ça. "C'est pas mon rêve
d'attraper la poussière, la lune attaquée par les araignées, ça va deux
minutes." Elle se choisira donc un guerrier. Je la regarde doucement
manifester ses émois tout en sirotant un mangue-anis. Bah, ces histoires
d'Indiens, c'est tintin et rintintin ! La plume c'est pas que pour
faire des coiffes ; ça se taille et ça s'enfonce dans un encrier bien
noir ... J'improvise un "monkey face" impavide et le plombe d'un
silence. Mon œil lubrique reste dans le bosquet. "Quand le tipi est
monté, insista-t-elle, on l'habite." Je me dis "So what ? J'ai des
hallucinations auditives, l'homophonie me déforme, la paronomase me
confond ? C'est qu' c'est le moment !" Je lui propose un verre dans un
bar plus dansant. Le son lui monte à la tête. Elle entre transe. Rodéo
sur l'herbe à bison ; les plaines sauvages, ça embarque... Et moi, et
bien je me sens soudain la fibre d'un trappeur. En bon Davy Crocket je
renfile ma queue de castor, mais là bang ! C'est fort Alamo, vous
permettez Monsieur ... ! Sorti de sa réserve, cet affreux de Sigmund
Coyote Agile emprunte le sentier de la guerre, renifle déjà sa chair. Et
le type pas aveugle pour deux sioux, en dix pas, sans tabou lui promet
son totem. Elle me plante là en m'enfumant avec une vague histoire de
calumet, de nuage rouge et de rituel à approfondir. Malgré mon douzième
mangue-anis, j'arrive encore à présupposer le feu derrière l'écran. Sans
extase, taureau sans assise, je me sens comme un petit grand garçon.
Flèches restantes, je n'ai plus rien à tirer.
Le dernier des Mohicans.