jeudi 26 décembre 2019

Dakota Dream - Neuf Décembre Deux Mille Dix Huit

Dakota dream.
Je fais mon turf au Parisien et bien que plongé dans mes réflexions hippiques, mon regard se fige sur sa silhouette. Albertine rentre d'un trek en Inde. Elle projette de rencontrer sur une plage au bord du Missouri un amérindien pour fonder une famille, car dit-elle "Rien de mieux qu'un papa animiste, soufflant dans sa flûte et tripotant son tambourin !" Elle a assez bourlingué comme ça. "C'est pas mon rêve d'attraper la poussière, la lune attaquée par les araignées, ça va deux minutes." Elle se choisira donc un guerrier. Je la regarde doucement manifester ses émois tout en sirotant un mangue-anis. Bah, ces histoires d'Indiens, c'est tintin et rintintin ! La plume c'est pas que pour faire des coiffes ; ça se taille et ça s'enfonce dans un encrier bien noir ... J'improvise un "monkey face" impavide et le plombe d'un silence. Mon œil lubrique reste dans le bosquet. "Quand le tipi est monté, insista-t-elle, on l'habite." Je me dis "So what ? J'ai des hallucinations auditives, l'homophonie me déforme, la paronomase me confond ? C'est qu' c'est le moment !" Je lui propose un verre dans un bar plus dansant. Le son lui monte à la tête. Elle entre transe. Rodéo sur l'herbe à bison ; les plaines sauvages, ça embarque... Et moi, et bien je me sens soudain la fibre d'un trappeur. En bon Davy Crocket je renfile ma queue de castor, mais là bang ! C'est fort Alamo, vous permettez Monsieur ... ! Sorti de sa réserve, cet affreux de Sigmund Coyote Agile emprunte le sentier de la guerre, renifle déjà sa chair. Et le type pas aveugle pour deux sioux, en dix pas, sans tabou lui promet son totem. Elle me plante là en m'enfumant avec une vague histoire de calumet, de nuage rouge et de rituel à approfondir. Malgré mon douzième mangue-anis, j'arrive encore à présupposer le feu derrière l'écran. Sans extase, taureau sans assise, je me sens comme un petit grand garçon. 
Flèches restantes, je n'ai plus rien à tirer. 
Le dernier des Mohicans.

samedi 26 octobre 2019

Déclamance 26 10 2019 (Orange au désespoir)


Orange au désespoir

Il y a une orange dans mon fridge. Rien d'autre ne vient obscurcir son règne. Elle est là, froide, luisant, irradiant sous la lampe, rejetant tout ce qu'il y a de plus orange dans le monde à la merci du premier voyeur. Mon fridge serait sinistrement vide s'il n'y avait en son sein cet objet solaire trônant dans toute sa splendeur sur cette vitre sécurité transparente. Chacune de tes petites crevasses sur ta pelure est le tombeau de l'amour que j'ai pour toi. J'aimerais profondément y voir affleurer une craquelure, marque de l'épanchement probable d'un ton zeste, d'une libération essentielle, liquide que tu rechignes à exsuder. Tu te crois lisse mais tu n'es que que bosselures, prête à rendre ton jus à la moindre pression. Ha ha ha ! Je te surplombe maintenant ! Je ne te crains plus ! Je sais que tu me hais, fruit impur et charnu, mais je n'en ferai rien car je ne ferai rien de toi ; je t'abandonnerai ici jusqu'à ton dernier dessèchement, que ton pourrissement intérieur te remplisse, que la moisissure remplace définitivement ta chair dont certains, paraît-il, se repaissent dans une jouissance extatique et morbide. Non je ne te ferai pas cet honneur ! Je referme violemment la porte de mon fridge. Mon cœur bat une chamade douloureuse. Mais pourquoi Dimitri m'aurait-il fait cette blague ? Pourquoi aurait-il oublié cette orange ? Nous venons de passer deux semaines de rêve en Italie, à Florence puis à Ravenne ; nous étions heureux dans cet hôtel, ce camping, sur cette plage … Et puis là, je rentre et je me trouve en tête à tête avec cet horrible rejeton végétal qui me nargue, me dégoûte alors que j'ai une faim de loup. C'est vrai qu'il est un peu vide mon fridge ; qu'il soit dénué de toute vertu nourricière, passe encore, mais là il me provoque ! Au lieu de jouer la corne d'abondance qu'il interprète si bien, il sonne un requiem. Celui de la fin de mes vacances de rêves, celui de ma misérable vie amoureuse. En effet sur le retour, j'ai senti que Dimitri s'éloignait de moi. J'ai bien vu ; toutes ces femmes, ce soleil, cette chaleur ! Il s'est bien occupée de moi, c'est vrai, mais je l'ai vu, son regard a dévié. Discrètement, furtivement mais c'est surtout sa réaction : yeux baissés et mouvement de tête les accompagnant. Rien ne m'échappe ; je suis un radar ultra perfectionné, infaillible … Je l'appelle sur son téléphone, lui explique que j'ai un problème fâcheux chez moi et que je ne vais pas très bien. Il est tard ; il commençait à s'endormir. J'insiste. Il vient. Ça lui prend un bonne demi-heure : émerger, s'habiller, se déplacer … à pied. Il frappe doucement à la porte. Je suis assise par terre dans ma cuisine. Mes sacs de voyage sont à peines ouverts. Péniblement je me lève, lui ouvre la porte et l'accueille avec la même tête que lors de l'enterrement de ma grand-mère paternelle. Pas éternelle. Tout ça c'est la faute des hommes ; c'est à cause d'eux que les fruits traînent. Pourtant il faisait beau ce jour là. Nous étions triste mais acceptions assez facilement cette part du destin. Surtout celle des autres. Je ne comprenais pas bien ce que pouvait ressentir mon père à l'époque. On croît que tout vieillit mais il n'en n'est rien. Au fond de nous même quelque chose résiste au temps, ne l'accepte pas. Nous passons notre vie à leurrer ce pauvre nous-même et nous nous leurrons par la même. Comme dans beaucoup d'enterrements, la tribu se réunit, les voisins et amis passent. Il y a de l'alcool et on finit par fêter le départ du défunt, enfin plutôt sa fin définitive à ce cher être disparu. Pour l'enfant que nous sommes tous, c'est un choc. A moins d'être fou ou de s'être détaché de ses ascendants. Mon père était profondément tristes et je ne m'en rendais pas compte ; il ne laissait pas passer grand-chose. J'étais immature. En silence, j'ouvre définitivement la porte. Dimitri parcourt chaque ridules sur la peau fatiguée de mon visage Je durcis mon expression et désigne, index tendu, la cuisine . Il fronce les sourcils. Je n'aime pas ça. Je réitère le mouvement en secouant légèrement mon avant bras et en tapant du pied. Sans un mot il avance intrigué vers la porte de la cuisine. Je le poursuis du regard puis marche dans ses pas. Il se retourne vers moi, lève de nouveau ses sourcils entrouvre la bouche sur laquelle avant d'en sortir un son je pose de ma main. Je lui fais signe de rester silencieux. J'ouvre doucement la porte du fridge en prenant garde de ne pas rester devant le fruit de ma colère. Je m'avance vers Dimitri, toujours dos au fridge, et avec ma main indique l'intérieur de celui-ci, toujours sans me retourner. Dimitri n'a pas l'air de comprendre. Je trépigne et affiche un sourire d'insistance la main tendue vers le fridge. Dimitri s'avance alors vers le fridge et en extrait l'orange avec sa main gauche. "Ben, c'est une orange ? Qu'est-ce qui ne vas pas ? " s'étonne-t-il mollement. Je dégaine aussitôt : "Mais qui l'a oubliée cette orange ? " Benoîtement il me répond qu'il n'en sait rien, peut-être lui, peut-être moi. "Mais où est le problème ?" poursuit-il. Crescendo, une colère gronde en moi ces paroles : " Si tu ne comprends pas ça, alors que faisons-nous ensemble ? Comment pourrons-nous nous faire confiance, si quelque chose d'aussi évident nous sépare ? " Dimitri, complètement interdit, plonge dans une sorte de réflexion intense quelques instants mais n'arrive qu'à sortir un maigre : "Mais, qu'est-ce que cette orange a à voir avec les sentiments que nous partageons ? Je n'arrive pas à saisir en quoi cette orange pourrait réussir à mettre un terme à notre relation." Euphorique et moqueuse, la désignant d'un coup de menton, je lui retourne : " Pourtant cette orange, tu l'as dans la main ! Alors s'il te plaît fais un effort, ne fais pas semblant ! Je pensais que tu étais unique, que je pourrais tout partager avec toi, mais là … là, tu me détruis !" Dimitri écarquille les yeux, ses sourcils mis à rude épreuve remontent bientôt au dessus de ses cheveux, son ton s'intensifie : "Mais tu es folle ! Il y a deux heures nous voguions encore bercés par la dolce vita et là, j'ai l'impression … l'impression, d'être." Je l'interromps :" D'être dans un asile, vas-y, dis le ! A l'asile, c'est ça ? Me traiter de folle, voilà tout ce dont tu es capable alors que tu vois bien que ça ne va pas et que en plus c'est ta faute ! Parce que je tiens à signaler à Monsieur, que cette orange, c'est toi, oui c'est toi qui l'a négligemment laissé sur sa pauvre plaque en verre sécurité ! Et encore je parle de négligence, mais qu'est-ce qui me dit que tu ne l'as pas fais exprès ? " Excédé, déstabilisé, il hurle : "Mais t'as bouffé quoi là ? Qu'est-ce qu'il se passe ? T'as un sérieux problème ma grande ! Qu'est-ce que cette orange a à voir entre nous ?" Puis il se tait et s'affaisse. Des larmes commencent à illuminer ses iris bleus, les rendant magnifiquement poignants. Je me dis que c'est beau la tristesse. Il continue : "Mais je t'aime, je suis fou amoureux de toi, je n'ai pas envie qu'on se quitte sur un malentendu. Tiens, je vais la jeter, puisque c'est elle le problème". Il se dirige vers la poubelle. Je lui barre le passage. Il s'agace :" Laisse moi passer ! Je vais la jeter cette orange puisque c'est elle qui te dérange." Commence alors un lutte ridicule de gens qui ne veulent pas se faire mal mais bien décidés à s'opposer l'un à l'autre. Pourtant, je finis par le repousser suffisamment fort pour qu'il parte en arrière, perde l'équilibre heurte l'angle d'un placard et tombe par terre en bousculant au passage le fridge. Je lui crie " Mais fais attention ! Merde !" Il porte sa main à sa tête ; un peu de sang coule. J’attrape un rouleau d'essuie-tout et lui balance au visage : "Évite de coller du sang partout et dégage maintenant ! Je ne veux plus te voir maintenant, pauvre type !" Il se relève avec difficulté. Il se plaint d'une douleur vive au dos et à la tête. Je répète : "Allez dégage maintenant ! je ne veux plus te voir". Il sort en titubant et maugréant des trucs en rapport avec la folie et les feuilles de sopalin qu'il maintient comme il peut plaquées contre son crâne. Je claque la porte. J'attends. Je reprends mon souffle. Sur le carrelage, au milieu de la cuisine, l'orange est là. Elle n'attend rien. Plus loin le fridge. J'ai toujours faim. Je la tranche, la presse, jette ses épluchures. Elle commençait à être un peu dure, il était temps ! Puis la tristesse m'envahit. Je me m'assois contre le fridge. Avec lui je pleure. Dans le sopalin, je me mouche. Je prends mon téléphone. Dans ma liste de contacts juste sous le nom de Dimitri, le numéro d'un livreur de pizza. "Ah, l'Italie !" J'appelle. Une fois livrée, je me dis que j'aurais peut-être dû commencer par là.

samedi 7 septembre 2019

Grain de sable

Un mot pour tout, un mot pour chaque situation. Un mouvement d’objet, son, couleur, dégradé, moiré, forme. Pas naturaliste mais aventurier à la découverte d’un autre genre de Monde : chercher la poésie oubliée, dénigrée, incomprise, méprisée. Besoin de précision. Peur. Instabilité. S’ancrer dans quelque chose d’aussi fuyant que le sable de la dune. Le grain de sable ne ment pas. Le grain de sable ne se plaint pas. Il ne manifeste aucune velléité de faire carrière dans un désert de son choix :
- Moi, je suis saharien ! déclare le premier.
- Et bien moi, s’exclame le deuxième, je suis un brin néo-mexicain, un brin névadain et surtout très radioactif ! Ne m’appelez pas Trinity, je ne suis pas un gadget … (Rires ?) Mes ondes alpha et gamma ont déjà provoqué de nombreuses mutations dans l’ADN des vivants ! Je n’ai pas besoin de chauffer au soleil pour brûler la peau, hahaha !
- Et bien moi, réplique le premier, j’ai participé à l’assaut de la forêt primaire africaine !
- Bah, on a tous fait ça, le coupe un troisième. Lui, le désert de Gobi. - Moi, poursuit-il altier, j’ai eu l’honneur d’avoir été foulé par le Sabot du Cheval du Grand Gengis Barkhane, le plus grand conquérant que l’histoire n’ait jamais connu !
- De l’histoire connue … s’agace le Névadain. J’ai aussi voyagé avec les plus grands shamans indiens. Ils m’ont conté leurs rêves et je peux vous affirmer que le monde des esprits est bien plus vaste que n’importe lequel de nos déserts.
- Et bien moi, reprend le Saharien, comme le vent m’a porté sur une plage de luxe, j’ai connu les plus grandes stars. Intime des plus belles femmes, elles s’allongent sur moi et parfois je glisse dans des endroits très mystérieux …
- Avant ! Avant, s’enjaille lyrique le grain du Gobi, j’étais coquille d’huître ou quelque chose comme ça, puis je me retrouve balaise en falaise, mais point de sentiment pour le sédiment ! Détritique sans cote face à la raison de l’érosion qui m’emporte, je coule alluvion et sans illusion je touche le fond. Jusque qu’à l’ombre de mon madrépore, s’évapore cette masse liquide peuplée de vivants et qu’encore je me dore dardé de puissants rayons verticaux.
- Moi, j’adore le chant choral ; crissements, craquements, bruissements … Tout vibrant, nous nous resserrons les uns contre les autres, rassérénés comprimons l’air, expirons un son unique. “Sous des pieds imprudents” et le "joggeur incessant" sont mes classiques préférés.

jeudi 13 juin 2019

Aérosol

Pour nous le temps n’est pas figé.
Qu’elle soit minerai antique ou moulage plâtre, chaque statue naît d’un instant de vie qu’elle préservera à jamais. Voyageurs immobiles, nous voilà à la fois à Rome et à Paris, maintenant et il y a mille ans.
Que nous soyons de marbre ou de chair,
L’imaginaire et la technique nous façonnent et nous fascinent, car le sculpteur dans sa patience a pour matière autant la roche métamorphique que la métamorphose de nos âmes. Ainsi loin des visages impavides, il parvient à provoquer l’illusion du sentiment. Seulement.
Seulement il faut l’éclat.
Non pas celui qu’on trouve entre nos veines, mais celui de nos orbites, dans lesquelles parfois des élans pleins d’une attention bienveillante y logeaient de jolis petits cailloux précieux et brillants.
Mais aujourd'hui nos yeux s’irisent.
Il s’ouvrent comme s’ouvre le regard du nouveau-né. Un regard neuf et vif redonnant ardeur à l’énergie originelle prodiguée par notre créateur. Nos visages engourdis s’animent et agitent vos pensées. C’est l'expression de notre renaissance.
L’intention est là.
Elle l’a toujours été. Diaprée, elle s’érige en dialogue, se déploie, vous atteint et vous étonne : désormais nous pouvons admirer nos peaux de pierres à la patine mâtinée d'histoires, projeter notre humanité, faire preuve de compassion, être en empathie ou plus simplement partager la complicité d’un clin d’œil furtif.
Tout ceci est bien étrange.
Mais il semble que nous échangeons, que nous habitons le même endroit et le même moment.
Est-ce un effet de miroir ? Sommes-nous dans une rencontre, un "dating" ?
Il n'y aura pas de numéro entre nous, juste le grain des émotions pures que nous porterons jusqu’à l’Éden de nos souvenirs. Car dans le tremblement de nos pupilles, nous sommes tous là, à vouloir engloutir le monde, à nous remémorer l'éternité.
A peine plus qu’un reflet fugace, nous vous observons, humains éphémères.

Philippe Pimor

mercredi 6 mars 2019

Cinquième délibération, VI III MMXIX - Eighties


Killing Joke "Love like blood" -
https://www.youtube.com/watch?v=TnpwuRlXbhk
  
Il est huit heures quinze, après un petit déjeuner rapide mais copieux, Carl pose son casque de walkman sur ses oreilles, enfourche son vélo cross et sac à dos sur les épaules fonce vers le lycée. Étrangement, "Love like blood" se fond dans cette douce matinée d'avril. Le chemin arboré du quartier. La force du printemps est déjà entrée en action depuis quelques semaines et le travail de la sève produit bourgeons, tiges, fleurs, offre senteurs, couleurs, fraîcheur. La vitesse renforce un air un peu piquant, mal dissimulé sous les rayons d'un soleil encore trop faible. Le visage de Carl se teinte de vermillon. A chaque coup de pédale, sur ses des roues d'or, il foule un firmament impeccablement bleu, absorbe l'aube, est absorbé par sa not so bad aubade rock. Il plonge avec les instruments et la voix du chanteur. Ses sentiments s'enroulent dans un récalcitrant reste de rêve  n'ayant été ni dévoré avec les tartines de confitures, ni décapé par la douche réglementaire. Carl roule heureux. Hier après le lycée, il est resté une petite heure chez Sarah ; leurs cours se terminaient plus tôt. Les parents de Sarah n'étaient pas là. Le moment était idéal. C'était leur première fois. Il en faut bien une. Mais ce qui compte le plus, ce n'est pas l'acte en soi, c'est de pouvoir le faire. C'est un don ... Non tout ça c'est de la connerie ! Ce qui compte c'est cette énergie amoureuse, laquelle, dans le corps d'une jeune personne la propulse dans une autre galaxie. La sensation de puissance, la puissance elle-même vibre en lui, se vêt de tous les attributs d'un bonheur audacieux bien que complètement imprégné des clichés véhiculés  par le ciné et la télé. "Soit ! me diriez-vous. Il faut bien que nos émotions et nos sentiments puissent prendre forme et s'exprimer au travers des représentations mentales de leur époque ! " - "Vous avez entièrement raison !" vous répondrais-je. Carl a l'âge d'Alexandre le Grand au moment où il prend la tête de son royaume et part à la conquête de l'Asie. Il découvre ce moment précis de l'existence où rien dans nos croyances ne peut nous arrêter. C'est un écho. A quelle résurgence répond-t-il ? A quel moment délaissé de l'enfance ouvre-t-il la voie, est-il la voix ? Se prendre pour un lion, ou plus plaisant, bâtir et détruire un château de sable ? Carl avance. Chaque note de musique le poursuit dans son  transport. Joie éprouvée intense. Soudain, il s'arrête. Il est devant chez elle. Il attend. Une minute passe. Une porte s'ouvre, c'est elle. Sarah aperçoit Carl. Il est posté sur le trottoir de l'autre coté de la rue. Leur regard se rencontrent, magnétiques. Ils se sourient. Sarah traverse ... Et non, elle ne se fait pas shooter par une voiture aveugle ! Et non il ne vivront pas de tragédie ! Pour l'instant, ils continueront leur vie comme la plupart de leurs camarades, sans vrai heurt. Allez, pour la forme ! Johnny, un peu amoureux de Sarah, est sur sa mobylette et sait qu'elle va sortir. Quand il la voit, il accélère et la frôle, l'effraie et suscite de sa part des cris. " Mais il est cinglé ! Faut qu'il se fasse soigner ce mec !" Carl et Sarah se prennent la main et dans un mouvement réciproque se serrent et s'embrassent. "T'inquiète ! J'irai lui parler ; il est pas méchant, juste un peu bête." - "Laisse tomber ! Je ne veux pas d'embrouille avec lui." Carl est encore naïf. Une fois la tension redescendue, nos amoureux marchent jusqu'aux portes du lycée ; un dernier petit baiser rapide et chacun rejoint sa classe. Carl a fait écouter quelques notes de son morceau préféré à Sarah, qui adore .... Musique en tête, les cours peuvent commencer.

06/03/2018