Un mot pour tout, un mot pour chaque situation. Un mouvement d’objet,
son, couleur, dégradé, moiré, forme. Pas naturaliste mais aventurier à
la découverte d’un autre genre de Monde : chercher la poésie oubliée,
dénigrée, incomprise, méprisée. Besoin de précision. Peur. Instabilité.
S’ancrer dans quelque chose d’aussi fuyant que le sable de la dune. Le
grain de sable ne ment pas. Le grain de sable ne se plaint pas. Il ne
manifeste aucune velléité de faire carrière dans un désert de son choix :
- Moi, je suis saharien ! déclare le premier.
- Et bien moi, s’exclame le deuxième, je suis un brin néo-mexicain, un
brin névadain et surtout très radioactif ! Ne m’appelez pas Trinity, je
ne suis pas un gadget … (Rires ?) Mes ondes alpha et gamma ont déjà
provoqué de nombreuses mutations dans l’ADN des vivants ! Je n’ai pas
besoin de chauffer au soleil pour brûler la peau, hahaha !
- Et bien moi, réplique le premier, j’ai participé à l’assaut de la forêt primaire africaine !
- Bah, on a tous fait ça, le coupe un troisième. Lui, le désert de
Gobi. - Moi, poursuit-il altier, j’ai eu l’honneur d’avoir été foulé par
le Sabot du Cheval du Grand Gengis Barkhane, le plus grand conquérant
que l’histoire n’ait jamais connu !
- De l’histoire connue …
s’agace le Névadain. J’ai aussi voyagé avec les plus grands shamans
indiens. Ils m’ont conté leurs rêves et je peux vous affirmer que le
monde des esprits est bien plus vaste que n’importe lequel de nos
déserts.
- Et bien moi, reprend le Saharien, comme le vent m’a
porté sur une plage de luxe, j’ai connu les plus grandes stars. Intime
des plus belles femmes, elles s’allongent sur moi et parfois je glisse
dans des endroits très mystérieux …
- Avant ! Avant, s’enjaille
lyrique le grain du Gobi, j’étais coquille d’huître ou quelque chose
comme ça, puis je me retrouve balaise en falaise, mais point de
sentiment pour le sédiment ! Détritique sans cote face à la raison de
l’érosion qui m’emporte, je coule alluvion et sans illusion je touche le
fond. Jusque qu’à l’ombre de mon madrépore, s’évapore cette masse
liquide peuplée de vivants et qu’encore je me dore dardé de puissants
rayons verticaux.
- Moi, j’adore le chant choral ; crissements,
craquements, bruissements … Tout vibrant, nous nous resserrons les uns
contre les autres, rassérénés comprimons l’air, expirons un son unique.
“Sous des pieds imprudents” et le "joggeur incessant" sont mes
classiques préférés.
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