dimanche 1 septembre 2024
Douze pieds n°2- 31/08/2023
Relation déraisonnée - 16/08/2024
Ce petit bonhomme oui, que je connais très bien, souvent dès le matin, m'arrête à son niveau. Le plus discrètement sans honte je profite qu'il ne regarde pas dans ma direction. Ainsi je l'étudie sans lui faire un seul signe. La signalisation c'est sa spécialité C'est donc pour cela que je ne lui en fais pas."Marcher sur ses plates bandes n'a pas de sens !". C'est ce que je me dis. Quelle impure conviction ! Un job à part entière ne s'improvise pas.
Ah, je vois son regard qui se tourne vers moi. Même s'il m'a bien vu, il reste planté là, immobile, presque impavide, c'est sa croix. Je l'applaudis très haut pour son parterre à fleurs et tous ces arbrisseaux qui l'entourent joliment. C'est entre lui et moi, c'est de l'intimité. Je ne sais pas vraiment s'il a ce sentiment. Il n'a jamais évoqué ce sujet brûlant, et moi trop timide, je n'ose rien lui dire. Après tout cantonné toute la journée là, je m'en voudrais beaucoup de changer la vision que depuis des années il porte à cet endroit. Imaginez le seul sur sa jolie pastille, associant myosotis, campanules en massif à ma morne face ; fétuques bleues, lilas roses, orangers arbustes à mon misérable buste. Non ! Notre seul sujet est minéralogique. Il se base sur l'art de déchiffrer les plaques pour provoquer en soi l'écho d'un sens caché. C'est donc à l'infini que des chiffres et lettres s'associent et défient le langage commun :
Six, quatre, cinq, T, K, encore une journée qui va bien s'annoncer ; zéro, sept, sept, C, C, plaisirs insoupçonnés ; ou trois, neuf, six, B, A, qui pour dire montagne ?
Enfin notre échange va sur sa courte fin, il doit céder l'endroit, son collègue fait face. Le rouge est très clair, il faut redémarrer ...
samedi 15 juin 2024
MonicaEtErica- 3
samedi 25 mai 2024
Le bruit de l'océan est parfois source d'inspiration, parfois source de calme, mais jamais des deux en même temps car le calme n'écrit pas bien.
Erika aime évoquer Grand-Mère Heather, sa maison accolée à un antique moulin à eau, dissimulée par une hêtraie. “Le goût de noisette des faines grillées que nous offrait l'automne est aussi celui de nos premiers émois avec mon cousin Silas ... Baignés dans les parfums frais d'humus, noyés dans les variations infinies des ocres, jaunes et verts, bercés par le dialogue entre la rivière et les feuillus, l'écho de nos jeux rebondissait sur le pavage d'une route abandonnée aux ronces, aux orties ; au passé. Grand-mère Heather l'appelait le chemin des brûlés et n'aimait pas trop qu'on y reste le soir. Un de nos ancêtres excommunié il y a plusieurs siècles le parcourt encore la nuit ; il ne faut jamais accepter de l’accompagner si on ne sait pas comment revenir… Monica en sait encore quelque chose et sans le Grand-Art de Grand-Mère Heather, nous ne l'aurions jamais revue. Quelle imprudente ! Mieux vaut tourner son regard vers les larges pales du moulin, et leur mouvement inverse à celui de la rivière. On dirait un monstre pris dans un engrenage tentant de remonter le cours du temps alors que le monde, lui, continue d’avancer ; je trouve ça plutôt rassurant. Dans la famille, on fabriquait du papier mais la première révolution avait tout ruiné, alors on s'est mis à l'imprimer. Jusqu'à récemment, Grand Mère Heather publiait encore des tracts, qu’on adorer déclamer ensemble : "Les ailes fractales de l’ange robotique - Ne nourrissent pas les engeances faméliques" ou “L'âme vectorisée brûle en un grand filet" ou encore "Le digital frappe toujours de son fer rouge" et ma préférée "Le chant du code vous endort". Du passé tout cela ! L'utopie et les luttes sociales ont été intégrées aux algorithmes. Échapper à ces nouveaux démons nécessiterait d'en créer de plus dangereux. Maintenant dans sa maison de retraite, l’esprit de Grand-mère Heather ne tourne plus rond ; le vent y est trop bruyant et l'empêche d'entendre ses souvenirs. Pourtant elle en a masse derrière ses écoutilles ! Moi, je préfère le bruit de la mer au cliquetis de la roue, car celui-ci ne présage rien de la fortune de celui qui l'a lancé." Erika a bien raison ; ici tout a vocation à devenir paisible. L'inspiration ne sert qu'à retrouver le calme.
mercredi 8 mai 2024
Monica
Rattraper le temps, c'est une goutte d'eau qui s'écrase dans le creux de ta main ; Monica n'aime pas les gens, ou plutôt si, elle les aime tellement qu'elle ne peut ne le supporter. Un jour elle me raconte, alors que nous allions acheter un paquet de goldos chez l'Americain, sa relation complexe avec un psy pour intelligence artificielle ; un psy-i-a comme elle dit en grimaçant, qui la mitonnait sur sa surcharge de travail. Leur relation très abstraite était réduite au stade bocal : une boîte de conserve sans étiquette qu'on s'apprête à taillader, mais trouvez moi l'ouvre-boîte ! "Déformation professionnelle, tu vois, c'etait bidon mais le goût sucré du mytho me rendait caramel ! Me suis cassé l'incisive sur un os de chimère en métal inoxydable. Ça m'a bouffé les nerfs, lesquels eux, sont pas vraiment d'acier. C'est technique, j'y peux rien, à chaque fois ça me retourne le cerveau. C'est un kiff. Un monde de deus in machina ; des insiders bien planqués. Sûre qu'on vit dans le rêve d'un autre et qu'on court après le sien. Ça, c'est la réalité. Nan ? Tu crois pas ?" Ça fera quinze euros, M'am ! Ciao l'Americain ! Une pluie s'invite. Je la laisse là avec ses clopes. Elle n'a plus rien à rattraper.

