Il y a quelques jours je passe sous un porche où je vois un génial musicien borgne
qui d’un puissant souffle arrache à son saxophone une mélancolie qu’il pose tel un virtuose sur des tubes surjoués des années quatre-vingt. Cette étrange atmosphère embarque mes pensées loin sur la rivière enlaçant ce beau quartier. Ayant presque franchi la place principale, se mit à résonner le prélude d’une averse rythmée par les impacts de gouttes enervées. Je m’arrête, j’hésite et je fais demi-tour ; apparaît à coté de moi une jeune femme ouvrant son parapluie, qui voyant ma détresse, d’un geste gracieux le dirige vers moi. Protégés de la pluie, nous descendons la rue. Son visage est très doux, je la vois qui sourit. Je veux la remercier mais elle ne comprend pas. C’est avec un accent allemand très charmant qu’elle me dit ces mots :
- Je ne suis pas française !
- So let’s try in english, I think the rain won’t last
- Really ? I don’t think so ! Rain, cats, dogs, all these stuffs, …
Enfin la pluie s’estompe et avant de m’enfuir, je lui lance : “Oh ! it’s finished, thanks a lot!’
Nos corps replongent alors dans le flux tumultueux des rues inondées par les rayons du soleil. Mais nos regards sidérés toujours accrochés, semblent s’étirer le long d'un fil infini.
Près de la rive coule une mélodie bleue ; le saxophoniste est devenu enragé. Son instrument chauffé à blanc fond lentement. Mon échappée s’y noie ; je sens mes larmes monter.

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