Art thérapie
Il paraît que les machines vont remplacer les humains. P'tet que c'est vrai, ou pas … Moi j'm'en fous, j'bouffe déjà du foin. Je gueule devant la télé et sur ma femme. Pourtant elle est gentille ma femme ; e'm fait à bouffer et c'est pas du foin. P'tet' qu'elle croit qu'ça m'fera arrêter d'en bouffer, du foin. Mais es'trompe. C'est un métier vous savez ! Et c'est pas donné à tout l'monde de pouvoir y réussir. Un esprit simple dans un corps simple comme on dit chez les gens qu'ont d' l'éducation. Moi quand que'qu'chose me fait de la contrariété, j'fais comme les artisses : j'esthétise ! Ça fait des nuances dans le violent ; orchidée, fuschia, glycine, lila . Leur donne de l'éden dans des coups aux p'tits cons. J'en connais qui sont jaloux ; ceux-là I' font qu'dans le fruité : cerise, prune, raisin. Chacun sa manière, comme je leur dis. Et croyez pas qu'c'est facile ! Mais c'est comm'ça. I' paraît qu'c'est le seul moyen de sauver not'société. Mais, moi j'y comprends rien à leur tambouille de mots. Plus I' se gargarisent, plus ça m'coupe le sifflet. Plus ça donne des gaz à ma femme. Hier, on m'a dit de rester chez moi, rapport que j'étais trop artisse. J'leur ai dit "Z'avez qu'à mettre une machine à ma place !". Depuis ma femme m'a quitté pour un barman indien, à cause du foin que je faisais, et moi j' m'aère à la campagne en sifflant du rouge avec Marguerite.
Dimanche quatorze avril - Vingt deux heures à peu près.
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