vendredi 3 avril 2020

Tourbillon - quatre avril deux mille vingt


Tourbillon
Comme j'apprécie le bruit des grosses gouttes s'écrasant sur le carreau oblique de mon velux, à chaque fois qu'une ondée se produit je prolonge ma station allongée, tirant un peu plus les draps au dessus de ma tête que j'enfouis le plus profondément possible dans un oreiller redevenu subitement moelleux et pendant que mon corps se détend dans un craquement léger, presque ligneux, je m'imagine quelque part dans une forêt tropicale sous une cahute accompagnant passivement un déluge. Nul ne sait si je l'espère éphémère. Allez ! Il ne durera ni quarante jours, ni quarante nuits. Hors du lit, la vie ! Enfin croit-on ! Depuis qu'on est né, on s'est bien occupé de nous, on nous a donné des choses à faire, on nous a aussi raconté beaucoup de choses et puis on a eu envie de ces mêmes choses et même des choses qui n'existaient pas. On peut tout imaginer. Ne peut-on ni tout dire ni tout faire ? Surtout non ! On dit qu'on est utopiste. On peut pas penser à tout. Pire, on prend des risques à imaginer, et encore plus si on dit et on fait tout. On doit faire attention, on ne sait jamais ; c'est vrai comme on dit, on ne sait rien, on doit tout apprendre. On n'a pas besoin d'imaginer, on doit faire ce qu'on dit, on se sait jamais, ah bon sang, on l'a déjà dit ! On finit par se mélanger ; on est confus.e. Mais on se reprend, on ne va pas se laisser abattre ! On prend l'apéro avec toutes ces choses qu'on prépare, qu'on grignote un verre à la main qu'on vide régulièrement après qu'on l'a re-rempli. On se congratule, on rit, on reboit, on re-grignotte, on se re-congratule. On se déride, on s'enfonce dans la dérision. Puis on se dit au-revoir sur le perron, on rentre, on est fatigué ; on est content, on reviendra. On se couche, on dort mal, on a du mal à se réveiller, on se complet dans le confinement sous une couette, épaisse comme une croûte entre son imagination et on ne sait quoi de pénible à affronter. On manque de courage. On se rendort le regard rongé par un songe, puis on se dit qu'on a trop traîné à rêvasser. On doit bien commencer la journée, la faire tourner, pousser les minutes et les secondes, jusqu'à ce qu'on soit entraîné, ensemble, dans ce même mouvement qu'on croit perpétuel et même éternel, comme quand on est heureux ou amoureux, mais qu'on finit par honnir quand on rencontre la déception, mais qu'on finit aussi par ranger, quelque part, dans on ne sait quel partie du cœur vouée à la quarantaine. Et puis on se retrouve, on est ami, amant, on s'en fout, on continue de vivre, de travailler, de manger, de sortir, tiré par les minutes, les secondes. On ne va pas s'arrêter là tout de même, on a le droit à plus, on a pas envie de laisser tomber ! Non ! On gonfle les muscles, on bombe le torse, on gorge d'oxygène le sang, on prend l'air, on reprend le rythme, on utilise de nouveau des objets : on tourne des volants, on appuie sur des boutons, on commande, on active, on s'active, on agite, on s'agite, on oublie, on s'oublie. On sacrifie aux dieux oubliés, ceux d'avant, quand on était soumis, quand on pouvait faire des vraies choses, quand on avait l'autorisation. On veut être libre, mais quand on est libre, on n'a plus l'autorisation, on croit qu'on ne peut plus rien faire. On veut pouvoir choisir, on doit pouvoir choisir, on se soumet au choix du choix. Sinon à quoi bon ! On s'illusionne sur le sens de la vie, celui qui dit que la vie a un sens, mais on ne sait pas lequel. On badine parce qu'on a badé à l'unisson : union sans arme, larmes sans oignon. On patine dans le bad et on se soumet. On n'aime pas avoir peur, la peur, c'est le dark ; il n'y a rien de pire ni de plus vrai. On attend.,, Parfois on lutte mais on se tait; on préfère rester discret. Dans le giron du Léviathan, pas de ronde. On aimerait lui faire un croche-pied, mais on les lui lèche. On n'est pas vraiment fier parce qu'on se sent tout petit. Microscopique. D'ailleurs on le rappelle souvent : on est de la vermine dont on doit se débarrasser. Alors on achète des armes et on se tue. D'ailleurs, on se demande comment il se fait qu'on doive encore chasser la vermine car bien qu'on ait exterminé toute la vermine on continue de dire qu'il faut continuer de chasser la vermine. On a passé la cap d'épouser la Confusion ! On perd la raison et on perd la maison dans laquelle on ne retrouve plus rien, parce qu'on y habite plus, enfin si, on y habite, mais on ne reconnaît pas ses occupants. On dit qu'on a perdu son identité. On s'abreuve avec la Confusion. On sait qu'on se connaît, on sait qui on est, on ne veut plus entendre toutes ces foutaises. On en a marre, on est (presque) au bout, mais à bout , on se révolte (enfin), on se fait enfermer, on est en isolation. On disparaît.

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