dimanche 1 septembre 2024

Douze pieds n°2- 31/08/2023

 


Il y a quelques jours je passe sous un porche où je vois un génial musicien borgne
qui d’un puissant souffle arrache à son saxophone une mélancolie qu’il pose tel un virtuose sur des tubes surjoués des années quatre-vingt. Cette étrange atmosphère embarque mes pensées loin sur la rivière enlaçant ce beau quartier. Ayant presque franchi la place principale, se mit à résonner le prélude d’une averse rythmée par les impacts de gouttes enervées. Je m’arrête, j’hésite et je fais demi-tour ; apparaît à coté de moi une jeune femme ouvrant son parapluie, qui voyant ma détresse, d’un geste gracieux le dirige vers moi. Protégés de la pluie, nous descendons la rue. Son visage est très doux, je la vois qui sourit. Je veux la remercier mais elle ne comprend pas. C’est avec un accent allemand très charmant qu’elle me dit ces mots :
- Je ne suis pas française !
- So let’s try in english, I think the rain won’t last
- Really ? I don’t think so ! Rain, cats, dogs, all these stuffs, …
Enfin la pluie s’estompe et avant de m’enfuir, je lui lance : “Oh ! it’s finished, thanks a lot!’
Nos corps replongent alors dans le flux tumultueux des rues inondées par les rayons du soleil. Mais nos regards sidérés toujours accrochés, semblent s’étirer le long d'un fil infini.
Près de la rive coule une mélodie bleue ; le saxophoniste est devenu enragé. Son instrument chauffé à blanc fond lentement. Mon échappée s’y noie ; je sens mes larmes monter.
 
Photo : Encre (2021) avec l'aimable autorisation de Yannec Tomada
 
 

Relation déraisonnée - 16/08/2024

 


Ce petit bonhomme oui, que je connais très bien, souvent dès le matin, m'arrête à son niveau. Le plus discrètement sans honte je profite qu'il ne regarde pas dans ma direction. Ainsi je l'étudie sans lui faire un seul signe. La signalisation c'est sa spécialité C'est donc pour cela que je ne lui en fais pas."Marcher sur ses plates bandes n'a pas de sens !". C'est ce que je me dis. Quelle impure conviction ! Un job à part entière ne s'improvise pas.
Ah, je vois son regard qui se tourne vers moi. Même s'il m'a bien vu, il reste planté là, immobile, presque impavide, c'est sa croix. Je l'applaudis très haut pour son parterre à fleurs et tous ces arbrisseaux qui l'entourent joliment. C'est entre lui et moi, c'est de l'intimité. Je ne sais pas vraiment s'il a ce sentiment. Il n'a jamais évoqué ce sujet brûlant, et moi trop timide, je n'ose rien lui dire. Après tout cantonné toute la journée là, je m'en voudrais beaucoup de changer la vision que depuis des années il porte à cet endroit. Imaginez le seul sur sa jolie pastille, associant myosotis, campanules en massif à ma morne face ; fétuques bleues, lilas roses, orangers arbustes à mon misérable buste. Non ! Notre seul sujet est minéralogique. Il se base sur l'art de déchiffrer les plaques pour provoquer en soi l'écho d'un sens caché. C'est donc à l'infini que des chiffres et lettres s'associent et défient le langage commun :
Six, quatre, cinq, T, K, encore une journée qui va bien s'annoncer ; zéro, sept, sept, C, C, plaisirs insoupçonnés ; ou trois, neuf, six, B, A, qui pour dire montagne ?
Enfin notre échange va sur sa courte fin, il doit céder l'endroit, son collègue fait face. Le rouge est très clair, il faut redémarrer ...





samedi 15 juin 2024

MonicaEtErica- 3

#Monica&Erika - 3 -  (1mn env.)
Désormais le sujet est clos. 
Peu importe la marque du canapé quand l'assise est tout confort. Joyeuse, Monica retraçait notre détour par l'appartement d'un ancien petit ami : " Tu vois, si cette statuette n'était pas entrée par effraction dans un de mes rêves, je n'y serais jamais retournée. Quelle émotion de la voir posée là devant moi ! Sur son bureau ! Des vraies retrouvailles, comment avais-je pu l'oublier ? Me pardonnera-t-elle ?" 
Il s'agit d'un ivoire antique ; une femme portant un léopard bien vivant sur ses épaules. Une forme de nagualisme au féminin ; très atypique ...  C'était un de ces multiples cadeaux que son oncle faisait à ses proches, trop heureux de faire gouter sa nouvelle fortune.  Ex-ingénieur météo, lui qui répétait souvent : "Le ciel ne dit jamais toutes les vérités car on ne peut pas le creuser. " fut aspiré hors de son bureau par la course des nuages et  fricota avec une bande de rastaquoueres presque drôles et loufoques, dès lors qu'on aborde pas l'origine de leur fortune.
Avant de s'emparer du double-personnage apparu en rêve, Monica laissa planer son regard  au dessus des meubles et des rares objets présents dans la pièce,  comme pour chercher à découvrir d'éventuels changements qu'elle aurait pu, à une autre époque, décrypter. Mais, cétait sans réelle conviction ; tout lui semblait lointain, comme masqué par un voile d'insignifiance plombé par la semi-obscurité du salon. L'atmosphère de ce lieu qu'elle avait bien connu ne pouvait qu'à peine effeleurer sa peau. Son coeur avait voyagé depuis. Elle flottait sur un matelas de souvenirs. Soudain, un rictus malicieux accentua ses fossettes ; le séjour dans cette dimension passée devait s'achever.  Le regard redevenu fixe, elle empoigna la statuette et la serra fort contre sa poitrine. 
"Mon cœur s'affolait, mais quelle jouissance ! J'était béate, vraiment ! Puis un grand calme s'empara de moi. Et ne crois pas que je n'avais pas remarqué ton regard suspicieux à mon égard à ce moment précis".  
Avant de partir, elle eût une comme une hésitation ... Et puis non. 
Il traîne des types peu recommandables chez l'Americain. Monica leur glissa l'adresse ; elle avait laissé la porte ouverte."

samedi 25 mai 2024

 

#Monica&Erika 2

Le bruit de l'océan est parfois source d'inspiration, parfois source de calme, mais jamais des deux en même temps car le calme n'écrit pas bien.

Erika aime évoquer Grand-Mère Heather, sa maison accolée à un antique moulin à eau, dissimulée par une hêtraie. “Le goût de noisette des faines grillées que nous offrait l'automne est aussi celui de nos premiers émois avec mon cousin Silas ... Baignés dans les parfums frais d'humus, noyés dans les variations infinies des ocres, jaunes et verts, bercés par le dialogue entre la rivière et les feuillus, l'écho de nos jeux rebondissait sur le pavage d'une route abandonnée aux ronces, aux orties ; au passé. Grand-mère Heather l'appelait le chemin des brûlés et n'aimait pas trop qu'on y reste le soir. Un de nos ancêtres excommunié il y a plusieurs siècles le parcourt encore la nuit ; il ne faut jamais accepter de l’accompagner si on ne sait pas comment revenir… Monica en sait encore quelque chose et sans le Grand-Art de Grand-Mère Heather, nous ne l'aurions jamais revue.  Quelle imprudente ! Mieux vaut tourner son regard vers les larges pales du moulin, et leur mouvement inverse à celui de la rivière. On dirait un monstre pris dans un engrenage tentant de remonter le cours du temps alors que le monde, lui, continue d’avancer ; je trouve ça plutôt rassurant. Dans la famille, on fabriquait du papier mais la première révolution avait tout ruiné, alors on s'est mis à l'imprimer. Jusqu'à récemment,  Grand Mère Heather publiait encore des tracts, qu’on adorer déclamer ensemble : "Les ailes fractales de l’ange robotique - Ne nourrissent pas les engeances faméliques" ou “L'âme vectorisée brûle en un grand filet" ou encore "Le digital frappe toujours de son fer rouge" et ma préférée "Le chant du code vous endort". Du passé tout cela ! L'utopie et les luttes sociales ont été intégrées aux algorithmes. Échapper à ces nouveaux démons nécessiterait d'en créer de plus dangereux. Maintenant dans sa maison de retraite, l’esprit de Grand-mère Heather ne tourne plus rond ; le vent y est trop bruyant et l'empêche d'entendre ses souvenirs. Pourtant elle en a masse derrière ses écoutilles ! Moi, je préfère le bruit de la mer au cliquetis de la roue, car celui-ci ne présage rien de la fortune de celui qui l'a lancé." Erika a bien raison ; ici tout a vocation à devenir paisible. L'inspiration ne sert qu'à retrouver le calme.

mercredi 8 mai 2024

Monica

 Rattraper le temps, c'est une goutte d'eau qui s'écrase dans le creux de ta main ; Monica n'aime pas les gens, ou plutôt si, elle les aime tellement qu'elle ne peut ne le supporter. Un jour elle me raconte, alors que nous allions acheter un paquet de goldos chez l'Americain, sa relation complexe avec un psy pour intelligence artificielle ; un psy-i-a comme elle dit en grimaçant, qui la mitonnait sur sa surcharge de travail. Leur relation très abstraite était réduite au stade bocal :  une boîte de conserve sans étiquette qu'on s'apprête à taillader, mais trouvez moi l'ouvre-boîte ! "Déformation professionnelle, tu vois, c'etait bidon mais le goût sucré du mytho me rendait caramel !   Me suis cassé l'incisive sur un os de chimère en métal inoxydable. Ça m'a bouffé les nerfs,  lesquels eux, sont  pas vraiment d'acier. C'est technique, j'y peux rien, à chaque fois ça me retourne le cerveau. C'est un kiff. Un monde de deus in  machina ; des insiders bien planqués. Sûre qu'on vit dans le rêve d'un autre et qu'on court après le sien. Ça, c'est la réalité. Nan ? Tu crois pas ?"  Ça fera quinze euros, M'am !  Ciao l'Americain ! Une pluie s'invite. Je la laisse là avec ses clopes. Elle n'a plus rien à rattraper. 




lundi 11 septembre 2023

Caprices de ville - 2023-09-11

Caprices de ville 

 

Version audio de chaque feuillet :

 1er feuillet :https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZJtG2ZhA55W4sHbzkyehG3MNsdnHyERMey 

2eme feuillet : https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZbtG2ZVrnGGSJkHQQyyp7jt60pVRhY3Ruy 

3eme feuillet : https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZWtG2ZdDGbcYcNsbVOTwyI3rs7nkc7F757 

4eme feuillet :https://e.pcloud.link/publink/show?code=XZqtG2ZSX7U5E6vKoy5D6Bfv6TNeb4cvlv7 

  

Premier feuillet 

 Je descends la 14eme rue en direction de mon rendez-vous. Mes semelles de plomb me permettent d’adhérer convenablement au trottoir. A travers mon masque je distingue ce qui devait être autrefois l’entrée d’un parc, envahi désormais par des laminaires ondulants dans le courant. 

Déambuler dans cette partie de la ville peut être risqué ; des rumeurs courent  à propos d'individus cherchant à dépouiller étrangers et curieux attirés par ce qui est littéralement devenu un bas-fond. 

Lors de la Grande Montée, la ville et ses habitants ont dû s’adapter :  des quartiers sous-marins se sont progressivement développés au pied des grandes tours ; désormais, la race humaine se divise en deux classes : hauts-fonds et bas-fonds. La surface ne permettait plus la vie sans danger, les radiations solaires combinées au réchauffement avaient rendu toute forme d’existence impossible sur une grande partie du Globe. 

Subsisteraient cependant encore quelques régions où a priori le sort aurait été plus favorable. 

Des évolutions technologiques permirent malgré tout de garder un semblant de vie convenable. Ainsi les maisons furent-elles étanchéifiées et sassifiées, et surtout nous disposâmes tous assez rapidement de combinaisons pour nous rendre à l’extérieur. Depuis la fin de mon enfance, je ne connaissais plus que ce mode de vie. 

Les tours immenses, aériennes, les avions, la foule déambulant devant des vitrines, entrant et sortant à son gré dans les magasins, les groupes d’individus discutant devant les cafés, grillant une cigarette, ou simplement en train de prendre l’air assis sur un banc, regarder le ciel, immense … Toutes ces choses pour les jeunes générations relèvent d’un âge mythique. Un Atlantide inversé dans sa boule à neige.

Depuis peu une loi nous interdit d’enlever nos semelles pour nous empêcher de nous élever au milieu des immeubles et regarder l’intérieur des appartements luxueux des gens fortunés, lesquels, dit-on, auraient accès à ces endroits préservés à la surface. 

Il est vrai que le contexte à rendu très difficile toute forme de contestation.

Heureusement, bien que la quasi absence de grands espaces publics ait invisibilisé toute forme d'action collective, certains individus ont conservé une part de solidarité. Tout désormais passe par des réseaux virtuels, hérités des anciens média sociaux. 

Mais, on le sait tous, ceux-ci ne sont qu’une surcouche reposant, tel un voile, sur la turbidité des bas-fonds. Toute nouvelle force insidieuse, en capacité d’émerger, par porosité ou osmose,  effraie le pouvoir. Les bas-fonds sont le futur ; c’est de là que surgira l’avenir de l’humanité, la tirant de sa noyade !



Deuxième feuillet

Mon orientation s'effiloche entre le dédale de mes pensées et celui des rues. La foule dense et affairée n’est pas assez accueillante pour que je lui confie ma mésaventure. Je ne file plus droit. Doutes en poche, je décide de poursuivre vers ce que je pense se rapprocher le plus de ma destination. 

Le style ancien du quartier m’égare. Il m’évoque mon enfance dans les rues assez chiques, étroites mais claires : petits jardins bien entretenus devant chaque entrée, bay-windows en façade, carreaux multicolores, balcons sur corniches, gardes corps et portails en ferronnerie sont autant d’éléments d’architecture de cette  époque ; une vraie Disneyland postcard…  

Avec mes camarades nous nous retrouvions parfois dans des cours d’immeubles où nous jouions au ballon avec d’autres enfants. Nous formions tous des bandes plus ou moins agitées parcourant boulevards et avenues à la découverte de nouveaux quartiers en construction ; la ville grandissait en même temps que nous et nous offrait de nouveaux terrains de jeux. 

Sauf de rares jours, les chantiers des tours étaient impossibles à pénétrer car ils ne s'arrêtaient jamais, même le dimanche. Ainsi un après-midi,  avec Jacques et Stéphanie nous avions réussi à grimper en haut d’une tour qui devait faire une vingtaine d'étages. Était-ce un jour de fête nationale ? Un Noël ? Difficile de se souvenir. 

Nous dominions la ville et formions des plans pour reconquérir chaque secteur occupé par de terribles et sanguinaires ennemis imaginaires. 

Je m’occuperai de la partie Est pour venir en soutien aux troupes de Jacques qui attaqueront par le Nord. Stéphanie, quant à elle, bien plus efficace, frappera l’ennemi par des attaques surprises à des endroits stratégiques : ici une gare, là un pont ou encore un dépôt de munitions, etc, jusqu’à le mettre en déroute. Devant notre triumvirat émergent tous devaient s’incliner ! Même le Soleil commençait à tirer sa révérence. 

C’était surtout l’heure du rentrer. 

Au moment de descendre, dans la pénombre grandissante, m’imaginant utiliser l’ombre des tours comme un cadran solaire géant, me rappelant ainsi ma passion pour ceux-ci et mon admiration pour Démosthène qui avait réussi à calculer la circonférence de la terre dans l’antiquité, je glissais sur ma rêvasserie et dans les instants qui suivirent sur des marches du trajet retour. 

C’est Stéphanie qui accourut la première. Bien que me voyant dégoulinant de sang, elle garda le sien froid et m’aida à me relever. Plus de peur que de mal ! 

- T’es vraiment qu’une tête en l’air, faudrait pas trop t’emmener dans les alpages tu finirais en boule de neige éternelle ou en nuage.

Son ton moqueur ne me sortit pas pour autant de mes nouvelles pensées :  constatant l’état pitoyable de mes vêtements, je réfléchissais à haute voix sur ce que j'allais raconter à mes parents. Pour Stéphanie, c’était facile.

- Dis-leur la vérité : tu as juste glissé entre deux marches ! Haha !  

A la vérité, mentir, d’autant plus par omission, ne me posait aucun problème. Même et surtout à mes parents, dès lors que j’avais découvert qu’ils préféraient gober mes aneries plutôt que de s'intéresser à moi. 

Ça me rendait triste. 

Je fondais alors, anonyme dans cette ville m’amusant de sa foule grouillante. Encore enfant, j’observais le visage des adultes soit s’éclairer, soit se décomposer devant des fabulations que je tentais de rendre les plus crédibles possible. L’expression de l’émotion qu’ils me communiquaient était une nourriture. Ainsi chaque citadin était un plat, la foule un festin, et y lancer mes mots ma façon de la cuisiner. S'en dégageait un sentiment de liberté et de joie quasi infini que je ne pouvais retrouver ailleurs.


Troisième feuillet

Existe-t-il quelque chose de plus attachant que nos tendres enfants ? Bien entendu, en dehors de tout acte de perversion, et parfois même dans ce cas …, nous partageons tous le même avis. 

Ce genre de questions, je ne me les pose jamais, sauf dans un état semi méditatif, l'esprit imprégné par le capharnaüm ambiant, écrasé par le gigantisme des parois de métal et de verre se courbant sous le soleil et transpirant d'infrarouges. 

Probablement épuisés par la touffeur des dernières semaines, je suppose mes amis terrés chez eux. Ici le décor est peu engageant.  Recherchant la fraîcheur, je me faufile dans une entrée souterraine.  L'égarement me guette encore. De hauts plafonds granitiques fusillés par des éclairages totalement anarchiques scintillent de mille éclats. 

Malgré de larges couloirs, la circulation est dense. De nouveau la fuite : capté par son enseigne, je plonge dans l'anfractuosité d'une échoppe, mi-café, mi-librairie : le Vibre-livre. 

Au regard du secteur, l’endroit est étonnamment propre et semble correctement tenu. Seule la clim branlante joue son bémol ;  la chaleur reste accablante. Le patron, un homme ventru et charpenté, se tient derrière le comptoir et de temps à autre s’éponge la tête avec un mouchoir remarquablement brodé. 

Martelant ses phrases avec un accent guttural, il m'apprend qu'auparavant sa boutique était une librairie et qu’il n'en a conservé le nom que pour profiter de l’ancienne clientèle. Lui ne lit jamais. Il m’explique aussi, qu’en fin de compte, il regrette un peu car il n’aime pas ce genre de clients lisant trop ne consommant pas assez et surtout peu enclin à s’enivrer et “mettre le feu” …. En même temps, la clientèle escomptée n’étant pas au rendez-vous, il ne va pas cracher dans la soupe et baver sur ces braves ; le chaland est roi, il a le droit à son trône ! 

Je m’attable ; mon hôte passe l’éponge et commet une moue lorsque je lui commande une tisane. Une femme est en train de feuilleter un grand livre avec des photos à coté duquel est posé un verre de vin. Elle me sourit et me fait signe de venir. Un réflexe, une politesse ? Peut-être mon statut d’étranger est-il trop visible. ? 

Son visage est parfaitement symétrique. Son regard luit dans le clair obscur de la pièce. Mon cœur s'emballe.

- Ici c’est mon quartier, mon chez moi ! J’ai grandi ici, j’ai vu l’ambiance se détériorer avec les années de crises et l'inaction de nos gouvernements, mais j’ai toujours su m’adapter et garder un bon niveau de confort. Les gangsters ? Des gamins que j’ai connus en couche et que j'ai dû mater quand ils ont voulu imposer leur loi. La violence seule ne mène à rien. Il lui faut la ruse, la droiture et le sang froid. On a tous un code d’honneur et une ligne de conduite. C'est notre  langage commun sans lequel ce serait l'anomie. 

C’est peut-être ici que j’aurai dû me méfier ... Elle poursuit son monologue.  

- J’adore les livres sur les civilisations anciennes, les premières cités-états, leur lutte pour la puissance … Les villes ont toujours été sous le joug des individus les plus violents. La violence est aussi la seule manière d'obtenir le pouvoir à partir de rien. Babylone, Constantinople, Carthage, Rome, Londres, New York ! Que de guerres et de massacres. Chaque cité se crée, grandit et se maintient grâce à la violence ! L’architecture, l’art sur commande, les manifestations populaires, les feux d’artifices, le pain et les jeux, tout cela n’est fait que pour masquer une triste réalité ! Le sublime est un sous produit de la laideur ! Seul règne l’alliance des forces antagonistes, le plasma de l’effusion sociale.

Je lui fais remarquer que cette violence bien qu’étant réelle et ayant détruit la vie de millions d’humains n’a pas toujours été le seul moteur de nos sociétés et qu’il existe aussi des forces positives et structurantes permettant aux dits humains de s’associer pour atteindre le sublime sans effusion de sang. 

- As-tu des exemples ? demanda-t-elle.  

- Euh, non pas dans l’instant …

Elle reprit la parole en me mettant son livre sous les yeux tout en tournant les pages.

- Regarde donc ces photos de ruines, ces bas reliefs, ces écrits à propos de Gilgamesh, Ishtar ou Inanna. Et le code Hammurabi ! Et puis mieux encore, vois comment il est expliqué que les villes sont bien plus anciennes qu’on ne le pense. Regarde ! C’est Göbekli Tepe en Turquie. Au moins 10 000 ans ! Nous ne faisons que perpétuer les bribes d’un héritage qui s’est disloqué bien avant le déluge. Les villes sont particulièrement sensibles aux cataclysmes, mais les humains n’ont eu de cesse de les reconstruire. Aussi légendes, divinités et âges d’or en sont le témoignage ! Pourtant il faut savoir sortir de cette nostalgie pour vivre dans la lumière du  présent. 

Je souriais intérieurement, voyant ce livre et nous sachant sous terre. L’exaltation de cette femme ne semble pas le moins du monde affectée par la chaleur alors que personnellement je commence à me noyer dans ma propre transpiration. Elle marque un grand sourire.

- Tu m’es sympathique. Je t'offre ce verre.  Nous allons illustrer notre propos par une visite des différents monuments que nous croiserons, car j’ai l’intention de t'aider à retrouver ton chemin. Ici c’est le dédale.

Son charme  achève de corrompre mon cerveau déjà bien embrumé et me fait accepter. Bien mal m’en fut ! 



Quatrième feuillet

Je me réveille sur un banc, dans un parc ou une décharge, je ne sais trop. Des monceaux de papier et des détritus de toutes sortes jonchent le sol. J’aperçois une fontaine fêlée complètement desséchée. Tout autour, des fumées noirâtres s'élèvent en nuées difficilement respirables. Et puis, toujours cette chaleur écrasante, ces odeurs insoutenables de brûlé et de pourriture. 

La seule chose légendaire ici c’est bien ma naïveté ! 

Complètement dépouillé de ce qui faisait de moi un citadin reconnaissable et honnête, je trouve néanmoins un mot au fond d’une de mes poches. 

“Merci pour votre passage ! Vous pouvez viser la grande tour blanche au-dessus du portail en face de vous, vous retrouverez vos amis, et surtout tel Orphée, ne vous retournez jamais, c’est pas du pipeau !” signé, la Dame du Cloaque. 

Quelle blague ! Tout ceci est-il bien réel ?  Un sacré mal de tête me rappelle à l’ordre.

L’air de rien je me décolle du banc. Quelques génuflexions pour retrouver de la souplesse.  Les parcs ont toujours été pour moi des lieux de repos ; surtout lorsque j’étais étudiant. 

Les nuits survoltées étaient alors en totale phase avec des centres urbains futuristes soutenus par des infrastructures ultra-connectées, pacemakers perpétuels de citoyens à haute mobilité. Sociétés en hyperventilation, idéologies néo-trans-chamano-humanistes érigées en religions pré-exotiques, technophilies ou phobies, sexualités post-dégenrées, sols artificialisés pour esprits-algorithmes, Janus quantiques ouvrant sur de nouvelles altérations de la perception. Jouissance et perte du sens pour un néant plus grand. Tous les moyens sont bons ; toujours les mêmes démons. 

Appréhender le réel n’est ni hédoniste ni une addiction. 

Nous jugions ce monde sclérosé par l’establishment et voulions l'entraîner dans une décadence infernale.  Normal que tout ait disjoncté dans une frénésie notoire. En même temps, nous trouvions encore suffisamment de beau pour nourrir l’espoir d’un futur radieux. A l’image de ce soleil qui est en train de me matraquer la tête. Quel jour sommes-nous ? Tiens, une question !

De l’autre côté du parc, mon rendez-vous me paraît égaré. A d’autres, les années lumières !

Tel un ange descendant sur terre, la silhouette flamboyante de Stéphanie surgit au milieu des épaisses brumes toxiques, et glissant sur de puissants rayons obliques, se pose juste devant moi. 

- Et bien, ça a été un peu difficile de te retrouver ; cela fait presque deux jours qu’on te cherche. 

Je lui explique mon parcours hasardeux jusqu’à mon réveil dans ce parc. 

- Encore une chance que tu t’en sortes vivant Monsieur Boule de Neiges Éternelles !

Son sourire, appuyé par un regard étincelant submergea mon cœur ; aurais-je été éperdument amoureux qu’il n‘aurait pas mieux battu ! 

Une crise mêlée de rires et de pleurs s’empare de moi.

- Je suis éclaté, là !

- Oui, je sais, l’ivresse de la retrouvaille, comme tu dirais … Allons-y, Jacques nous attend  près de la tour …

Stéphanie me serre dans ses bras ; nos cœurs battent fort tout en se synchronisant ; condition nécessaire pour que nous puissions nous envoler ensemble, et dériver au-dessus de la Map.


jeudi 13 avril 2023

Sauvés des eaux - 2023-04-13

Le chant des sirènes retentit dans nos cœurs et bientôt sur le littoral littéralement envahi par la mer, réchauffée et échauffée à la combustion de nos activités,  quête d'abondance infinie nourrie par notre peur de manquer et notre obsession de nous protéger de l'inévitable. 


Mais l’inévitable se transforme ; nous le façonnons. Ressenti comme individuel, il nous pousse à retrouver la dimension collective qu'il a toujours au fond eue. Cette nouvelle saison d'une humanité encore trop anthropocentrée nous invite à rejoindre un universel plus empreint de diversité : claquemurés dans notre réchauffement, l'art en est la voie.


L’océan n’est pas qu’une soupe primitive. Certes, il nous rappelle continuellement d'où nous venons, d’où vient la vie … Après tout, nous n’en sommes qu’un extrait, une petite outre d’eau salée légèrement illuminée qui s’est échappée de ses profondeurs qui croit, ferme sur sa terre, s’en émanciper en usant du feu et en adorant le soleil. Mais l’océan est aussi un gigantesque miroir avec son revers. Quand ses reflets liquides frappent notre regard, nous aiguisons des lames d’ignorance et transperçons sa surface pensant pénétrer l’impénétrable. 


Alors il s'élève, il étend sa main écumeuse sur le rivage et  tonnerre d’embruns se rappelle à nous ! Ainsi, pourrait-t-on imaginer qu’il nous éduque pour éviter que notre insatiable et illusoire soif de dominer la nature ne soit définitivement la soif tout court, faute de rivières chantantes, de neiges fondantes, de cristaux de glace et leur fractalité magique , d’hivers rigoureux et de glaciers craquants sous le pas ; ainsi risque-t-on de mourir, sans nappes, frénétiques.

L'art est la voie. il nous chavire, nous plonge dans le réel et nous fait boire la tasse afin que nous constations que la tiédeur de l’eau est celle de nos décisions et que dans la masse de l’océan, se produit quelque chose d'invisible.


Qu’en dit le canal des sciences ?  Mesures criantes contre mesures insuffisantes ; montée des eaux contre politiques pas à niveau ! Pour nous sauver de la noyade, l’art doit  inonder la Cité et en imprégner chaque mur, chaque parcelle afin d’en transformer l’âme et ne plus nous laisser flotter au-dessus du déni. Car la vague qui arrive ne laissera pas la place à l’ignorance ; elle est celle d'une réalité que nous ne pourrons éluder. 


Ainsi entre huiles et mer d'huile, un champ de méditations s'ouvre à nous afin que nous nous  préparions aux tempêtes qui arrivent ; réalisions “qu'on sait déjà” et “qu'on ne fait pas  assez”. Tourner autour du pot ne fera qu’accentuer le mouvement du tourbillon qui risque de nous emporter. Il faut donc nous retrousser les manches et œuvrer à la préservation d'un tout plutôt qu'à la protection de quelques-uns. 

Veillant sur nos périls, vogue l'art sur la mer excitée par nos velléités de puissance, gonflant sa houle comme on gonfle ses muscles, à l'attaque d’emblématiques falaises, digues, plages et promenades … 


Le temps de l'apaisement continue de s'éloigner ; pour le retrouver nous devrons naviguer dans nos cœurs vers l'essentiel. Sans boussole, pas de cap, sans art pas de conscience.


Philippe Pimor

mercredi 1 février 2023

 

Autour du zinc n°1 : Miaou (le 01/02/2023)


Miaou !
Aujourd'hui je me suis coupé les ongles. Je ne fais pas ça tous les jours mais il y a un moment où ça devient critique. Grande surprise pour mon chat ! Il ne m'a jamais vu détériorer moi-même mon propre corps car cela lui est réservé. Pourtant je prends toujours bien soin de lui cacher ce soin pour éviter la petite musique de la folle jalousie féline. Hier j'ai rencontré quelqu'un. C'était à la foire au livre du bled. Ici on aime bien montrer qu'on a des livres et qu'on en achète. C'est très pratique d'autant plus que personne ne vient vérifier ce qu'on en fait. Certains en font des avions en papier, d'autres se torchent avec. Par contre n'allez jamais leur poser des questions sur ce qu'ils ont lu, vous vous prendriez un bottin dans la gueule. Après avoir fait le tour des auteurs, nous avons gravi mes escaliers. Nous avons fait l'amour, je lui ai planté mes doigts entre ses omoplates, elle a eu mal, elle a crié, m'a giflé. Fin de l'histoire. Je n'ai même pas eu le temps de m'excuser ! Elle s'est rhabillée sur-le-champ et est partie en courant. Mon chat a de la chance : pas besoin pour lui de faire une beauté à ses doigts pour le coït et le post coït ; chez ces animaux les histoires ne vont jamais au-delà. Quand on est bestial, le reste ne compte pas. Nous, humains, sommes trop compliqués. Cela rend mon chat perplexe. Il ne me comprend pas, il n'a pas l'habitude. Je sens qu'il est stressé. J'ai beau lui expliquer nos principes mais il n'adhère pas. Une fois de plus je passe pour un débile. Le peuple des chats est intransigeant sur ce point : les humains sont des êtres inférieurs qu'ils ont domestiqués il y a quelques millions d'années ; ce sont même eux qui nous ont appris à marcher et parler. Que dire de plus ? C'est dire, tout est dit. Parfois mon chat m'étonne. Parfois souvent. Devant tant d'intelligence, je me suis arrêté au bout du troisième doigt. Je n'aime pas contredire mon chat.

lundi 27 décembre 2021

Steppe on the line

Steppe on the line.
 
Je n' ai jamais été un bon cheval, pour le trait on me dit de caractère, la charrue c'est pour les bœufs. C'est mon destin d' équin altier, suis pas mesquin, l'allure prime.
Certains cherchent l' amour sous mon sabot, mais je me montre de fer, sans coup férir. Pour rire, il faut plutôt boire des coups à l'amour , au bel amour, niché dans la lie puis dans le lit.
Un galopin au trot, un de trop au galop, le jouisseur cravache, bombe sur la tête, tombe sous la bête.
Qu'avale-t'il tant qu'il s'arrache en fête, met le bout dans le train, fait la nique à l' étalon qui dort dollar en poche, n'étant plus d'airain, ayant préféré la robe dorée servie en demi plutôt qu' en écurie.
De tout ce foin pas grand chose à tirer, l'herbe fraîche me fait plus rêver.
Je claque l' humus, la verte prairie est mon écrin.
 
Le 25/12/20021

lundi 13 décembre 2021

Excitement

 


Quand elle et moi ça ne va pas
On finit toujours par s'en mordre les doigts
Je lui décoche quelques mots gras
Et elle m'allonge son point de droit
 
Entre elle est moi, on ne jette pas l’éponge
C'est pas la vie comme dans un songe
On a plutôt des humeurs qui nous rongent
Jusqu'à l'explosion finale du droit qui s'allonge.
 
Quand elle et moi on a trop d'émotions
On devient des vraies bêtes à passion
Mais bien trop cons pour tirer des leçons
On ne se souvient jamais de nos frictions.
 
Quand elle et moi ça ne va pas
On crois dur comme fer qu'il n'y a plus que ça
Que tout le reste c'était juste de l'apparat
Que c'est la fin. Casse-toi, quel bon débarras !
 
Quand elle et moi ça devient la folie
On se diligente nos mélancolies
Bien timbrées avec accusation
De la douloureuse signature à la réception.
 
Quand pour toi, ou toi, ou toi, ça ne va pas
Comme nous, mise plutôt sur un bon matelas
Où en l'état on se débat sans dégât
Où on s'abat en ébats et pas en débats.
 
Car elle et moi, tu vois, on est comme ça.
On n'y peut rien, on est pris et épris, c'est ça le prix.
Voilà.

samedi 27 novembre 2021

Boule de papier - 27-11-2021

Dans la platitude de mon existence s'écrivait ma vie, quand soudain surgirent pliures, déformations, recroquevillements... La main d'une obscure créature me fit passer de deux à trois dimensions ; l'espace en plus, la simplicité en moins, dorénavant, je contemple le bitume dans sa richesse et sa complexité. Puis je roule au gré du vent. De temps en temps un coup de pied m'envoie valdinguer au loin. Autre drôle de manière de voir du pays ! Quand je me sens vraiment trop chiffonné, je me dis que ce pourrait être pire, que trop à plat, je pourrais redevenir aplati. Faut pas que ça me piétine ! J'en croise des comme moi, des engeances de toutes nations, sans dessein, comme arrachées à leur cahier. Aucune n'a d'explication à l'explication. On se dit que c'est comme ça, que de c'est déjà plié, en quatre, on s'échine pour en rire. Parfois, j'essaie de suivre le fil de cette histoire mal abrégée. Délaissée, oubliée, elle aurait pu finir au poil si la flamme y avait été, mais l'e dans l'a l'a emporté. Restent ces quelques phrases sur ma peau fripée. Me sont-elles vraiment destinées ? Certaines semblent dire quelque chose, d'autres se faire écho, mais de quoi ? De ces bribes, je retisse des bouts de fil que j'abandonne. Heureusement, il y a le réel et son boniment. C'est ça qui compte ; ça nous divertit et ça fait vibrer la fibre qui nous compose bonne pâte. Avec ou sans chute, à chacun son choix.

dimanche 14 novembre 2021

Le dimanche, c'est ravioli - 14 11 2021

 


Je me contre-balance de la réalité. Quand elle ne me plaît pas, je la chiffonne et puis j'en griffonne une autre. Pas forcément mieux, mais différente. C'est comme ça que je me suis retrouvé dans celle là. Bon faut dire que j'avais fini par cramer la ramette à force de m'amuser à jeter des boules de papier. Et là c'est la dernière feuille ... Ma dernière feuille ? Ben non … On est dans une société de consommation où il n'y a pas de fin. A la place on a des super-marchés et des ordinateurs. Ouf, sauvé ! C'est beau la vie ! Moderne et vivifiante comme une bouffée de gazole mal catalysé. Un trop plein de je ne sais quoi, je plie la feuille en huit, en fait un chapeau, monte sur la table et entame un kazatchok en pyjama et endiablé. La raffut fait hurler les voisins, le chien et surtout ma femme encore très embrumée car tout juste rentrée d'une nuit chez son amant. Mais, comme moi, elle a l'esprit fantaisiste. Elle fait fi de sa fatigue et d'un bon me rejoint pour, comme moi, se lancer dans la branle, genoux pliés. Ainsi tout deux sur cette planche, complices éclairés par la lune, nous piétinons le cours de nos vies, bras croisés, yeux dans les yeux, chien content et voisins aboyant. Et si l'amour, c'était aimer ?

Concentration - 7 novembre, 14:46

 

Concentration.
J'ai attrapé cet instant
Cet instant magique
Et d'un souffle, un élan
Poing fermé, mis fin au tragique.
 
Voilà reprends, reprends toi !
Quand tu te dis c'est pas possible,
Voilà voilà, reprends toi !
C'est là que tout redevient possible.
 
Ce joli moment unique
Je le tiens dans ma main.
Il m'amuse, il s'agite
Entre ligne de vie et destin
Voilà, reprends, reprends toi !
Quand tu te dis que c'est pas possible
 
Voilà reprends, reprends toi !
C'est là que tout redevient possible
Petite luciole sympathique
Tu me rappelles ce que je sais déjà
Que vivre est magnifique
 
Même quand toi tu n'es pas là
Voilà, surtout, ne crois, ne crois pas !
Quand tu te dis que c'est pas possible
Voilà, surtout, ne crois ne crois pas !
Qu'au fond rien n'est impossible
 
Encore un peu de ton mantra,
Je reverrai demain grâce à toi
Dans l'écho d'un passé fini,
L'onde d'une joie infinie
 
J'ai attrapé cet instant
Qui te dit que tout ça, c'est pas possible
Qui te dit voilà reprends toi
Et tout redevient possible.

mardi 9 mars 2021

Un bolduc sinon rien

 

Un bolduc sinon rien.
A chaque fois que je croise quelqu'un, il se sent obligé de me cracher à la face mes pensées les plus intimes et même celles dont j'ignore tout. OK, j'ai pas de secret. Tout le monde devine ce que je pense ou ressens ; c'est la règle. Enfin tous … Sauf moi ! La soluce de contournement : je m'en cogne. Aïe ! Je renonce à moi-même : fini la décision égocentrée, fini le désir perso. Comme un glaçon en plein réchauffement climatique, mais sans polaire, je me fonds dans l'idée qu'on a de moi. J'hiberne de force dans le cerveau des autres. C'est une caverne prison ; c'est ma prison. Sauf que. Sauf que cet engrillagement finit par les obséder ... les autres. Ils ont beau décider ou désirer pour moi, mais moi je ne décide ni ne désire rien ; c'est dans le contrat. De plus en plus nombreux, ils vont même jusqu’à se battre, au passage se disant soit disant inquiets pour moi. Mais je ne dis rien car je ne sais rien, et surtout pas comment les arrêter. Un jour, j'ai croisé quelqu'un comme moi ; enfin dans la limite de ce que je crois. Ses paroles sibyllines m'attirèrent : ni conseil, ni avis, rien sur ce que je dois dire, être ou faire. Inquiétante étrangeté ; ça n'avait pas de sens. C'était réciproque. A l'évidence, l’abscons, pige pas. Un ciment de vide infrangible nous a joints. Désormais ceux qui nous croisent ne savent plus auquel des deux s'adresser en premier ; ça les fuliginisent, ça les paralyse. Pris de panique les plus chanceux arrivent à fuir avant de sombrer. Insouciants, nous trouvons ça très drôle et avons décidé, sans trop savoir pourquoi, de rester pour toujours, unis. Ainsi, le cœur léger, nous nous plaisons à déambuler au milieu d'une foule tourmentées par des visions terribles, asphyxiée par un savoir devenu inutile, étranglée par l'hésitation, étouffée par l'angoisse … C'est peut-être ça le bonheur : l'aube d'un devenir, d'une découverte. Un jour l'un de nous deux disparaîtra laissant l'autre seul et tout recommencera.
 
Vingt sept février deux mille vingt et un - Zéro heure quatre.

samedi 24 octobre 2020

Asperge mais pas trop.

 Je cherche un crayon mais toutes les mines sont cassées. “Des mots enlevés s'élèvent devant l'envolée volée au poète” Tire pas la tronche ! ça va bien se passer ! Je résiste. La vie n’est pas un pet d’aristocrate mais un pet d’aristocrate, c'est la vie ! enfin si on peut dire ... Cette tiédeur, c’est notre cuisson à feu lent ; regarde, lui aussi s’ébroue avec nous dans le fameux bouillon d’éléments de langage. Touffeur et remugles. et oui, ça pue ! Pas de wind of change dit l’âne, ah non ça c’est scorpion, mais faut savoir faire des blagues (bien) pourries pour être dans le mood. Suis up to date dans ma caboche. Et c’te tempête ! Un pur carnaval de chiffres ; ici, qui sera le plus sonore, là, qui aura l’organe le plus élastique ; prostate, verge, clitoris, vulve. Une petite opération des calculs disrupto-inclusifs ? Vestiges l’un de l’autre, de l’un et dans l’autre. Au fond, on ne désire que s’assembler. Se quitter ? mais pourquoi ? Déjà, on ne voit rien venir puisque tout se passe dans notre dos. Alors sniff quoi ! ! A côté de la porte, cloué au mur, un troisième œil ensanglanté agonise constellé de fléchettes. Tu l’as eu dans le mille, mais c’était pas vraiment ça le game. Il reste toujours la petite lucarne et le joueur de foot sur ta console. ça cache ta tristesse. Un masque sur une jambe de bois, dirait-on cyniquement en mode "twenty-twenty". Pas très love me tender la chienne d'époque. Le cynisme a bonne presse. Pis-aller sans espoir, pourtant tout passe avec l’espoir. Le souvenir d’avoir été sage.

samedi 27 juin 2020

Garbine

Garbine.

J’étais un caillou sur ton chemin, un de ceux sur lequel le regard bute.
Tu t’es penchée vers moi, mue par cette intime joie d’avoir trouvé une pépite.
Ramassé, dans le creux de ta main, un morceau d’enfance.

Parfois ton regard s’arrête sur un caillou ;
Quoi  de plus anodin qu’un petit caillou ?
Surtout si celui-ci vient te chanter l’histoire d’un trésor caché quelque part entre quotidiens préoccupés et agitations à fleur d’inconscience.
Dans mes ricochets, tu te projettes, mais je disparais au centre de l’onde irrégulière. Embosse et Encreux se rapprochent, fusionnent. Homme, Femme. Extinction.
Tu ouvres ta main et je refais surface. Ma magie fonctionne encore ...
J’aurais pu être une petite enclave dans un mur ou mieux respirer dans la roche !
Appartenir à une race très ancienne, celle d’avant la préhistoire. Avoir été foulé par des créatures inconnues, inimaginables sans y passer plusieurs éternités.
Avoir roulé dans les torrents, tonné au cœur des montagnes ou nourri les plaines ...
Personne ne connaît ma véritable histoire, elle ne l’a jamais été et ne le sera jamais, même dans l’oubli.

Un autre alphabet du ciel et de la terre.

Tu me penses bloc de matière, je te pense bloc de temps. Tous deux vivants à l’intérieur de l’extérieur de l’autre et inertes à l’extérieur de l’intérieur. Mais parfois une vibration ! Alors on se jette mutuellement ; c’est notre jeu.
Je nais de l’effritement de tes pensées, les mots-lave de nos bouches-volcans fusionnent, coagulent.
Il est évident qu’une femme habite au centre du soleil.


Vingt Sept juin deux mille vingt - Vingt deux heures vingt deux.

dimanche 26 avril 2020

Orientale

Voilà ce que c'est que d'écouter un peu de musique:

L'esprit léger, je m'évapore dans ton souffle
Moi qui me croyais le cœur dur comme la glace
Sur tes iris sombres mille feux de soleil dansent,
Brûlent mon sommeil et rudoient follement mes sens.

J'étais si bien, au calme dans mon cocon frais
Mais ta voix sucrée est venue tout déchirer,
Bousculer et renverser mes sombres pensées.
Je ne désire plus que te voir chanter et danser.

Aux inflexions de ta voix, suivent celles de mon corps
Fleurissent violons, sagatts, riqs et zurnas.
Ivre de mélodie, dans un ultime effort
Je me livre à toi et respire une dernière fois.

Fuyant ce cycle infernal, bougre ensorcelé,
J'avais fait un pacte avec la nuit étoilée.
Je n'arrive plus à croire que tu n'es qu'un rêve
Une bifurcation sauvage, un élan de sève.

Vingt six avril, deux heures six.

lundi 20 avril 2020

Dharma et Kha momie.

Dharma et Kha momie.
La peau roussie par le soleil et la sangria, je m'affale dans un transat. Une taffe ; l'inspiration sans respiration. Le temps revient vers moi, mais je l'esquive. Tous les êtres me fatiguent. L'autre n'y échappe pas. Il n'a pas le choix. On m'apporte un bidon dans lequel je souffle, mais je ne vois rien apparaître alors je me dis qu'avoir raté le début, c'est avoir déjà fini. De tout cela je ne retiens rien si ce n'est la beauté d'une journée pour laquelle je n'avais pas envisagé l'étrange. Je me décalque et de moi, une copie carbonisée se détache. Rissolent les lambeaux d'une vie à laquelle j'avais cru pouvoir coller jusqu'à la fin ! Je suis, oui, je suis, on ne peut plus d'équerre. Et ! Et j'observe, oblique, la desquamation d'une époque, tout en maugréant sur cette piquette qu'on m'a, jusque là, servie. Il n'y aura pas d'automne pour les feuilles. A la brisure des nervures, j'extrais des limbes la sève jusqu'à la lie. Enfant, je me réjouissais du secret sucré des primevères cueillies sur le bord des chemins donnant tout son goût au printemps encore frais et humide. Le tumulte revient, une main me saisit et me traîne jusqu'au seuil du présent. De mon poing levé le sable s'écoule et retrouve la plage.


Lundi vingt avril deux mille vingt - vint trois heures trente neuf

dimanche 12 avril 2020

Art thérapie


Art thérapie
Il paraît que les machines vont remplacer les humains. P'tet que c'est vrai, ou pas … Moi j'm'en fous, j'bouffe déjà du foin. Je gueule devant la télé et sur ma femme. Pourtant elle est gentille ma femme ; e'm fait à bouffer et c'est pas du foin. P'tet' qu'elle croit qu'ça m'fera arrêter d'en bouffer, du foin. Mais es'trompe. C'est un métier vous savez ! Et c'est pas donné à tout l'monde de pouvoir y réussir. Un esprit simple dans un corps simple comme on dit chez les gens qu'ont d' l'éducation. Moi quand que'qu'chose me fait de la contrariété, j'fais comme les artisses : j'esthétise ! Ça fait des nuances dans le violent ; orchidée, fuschia, glycine, lila . Leur donne de l'éden dans des coups aux p'tits cons. J'en connais qui sont jaloux ; ceux-là I' font qu'dans le fruité : cerise, prune, raisin. Chacun sa manière, comme je leur dis. Et croyez pas qu'c'est facile ! Mais c'est comm'ça. I' paraît qu'c'est le seul moyen de sauver not'société. Mais, moi j'y comprends rien à leur tambouille de mots. Plus I' se gargarisent, plus ça m'coupe le sifflet. Plus ça donne des gaz à ma femme. Hier, on m'a dit de rester chez moi, rapport que j'étais trop artisse. J'leur ai dit "Z'avez qu'à mettre une machine à ma place !". Depuis ma femme m'a quitté pour un barman indien, à cause du foin que je faisais, et moi j' m'aère à la campagne en sifflant du rouge avec Marguerite.

Dimanche quatorze avril - Vingt deux heures à peu près.

vendredi 3 avril 2020

Tourbillon - quatre avril deux mille vingt


Tourbillon
Comme j'apprécie le bruit des grosses gouttes s'écrasant sur le carreau oblique de mon velux, à chaque fois qu'une ondée se produit je prolonge ma station allongée, tirant un peu plus les draps au dessus de ma tête que j'enfouis le plus profondément possible dans un oreiller redevenu subitement moelleux et pendant que mon corps se détend dans un craquement léger, presque ligneux, je m'imagine quelque part dans une forêt tropicale sous une cahute accompagnant passivement un déluge. Nul ne sait si je l'espère éphémère. Allez ! Il ne durera ni quarante jours, ni quarante nuits. Hors du lit, la vie ! Enfin croit-on ! Depuis qu'on est né, on s'est bien occupé de nous, on nous a donné des choses à faire, on nous a aussi raconté beaucoup de choses et puis on a eu envie de ces mêmes choses et même des choses qui n'existaient pas. On peut tout imaginer. Ne peut-on ni tout dire ni tout faire ? Surtout non ! On dit qu'on est utopiste. On peut pas penser à tout. Pire, on prend des risques à imaginer, et encore plus si on dit et on fait tout. On doit faire attention, on ne sait jamais ; c'est vrai comme on dit, on ne sait rien, on doit tout apprendre. On n'a pas besoin d'imaginer, on doit faire ce qu'on dit, on se sait jamais, ah bon sang, on l'a déjà dit ! On finit par se mélanger ; on est confus.e. Mais on se reprend, on ne va pas se laisser abattre ! On prend l'apéro avec toutes ces choses qu'on prépare, qu'on grignote un verre à la main qu'on vide régulièrement après qu'on l'a re-rempli. On se congratule, on rit, on reboit, on re-grignotte, on se re-congratule. On se déride, on s'enfonce dans la dérision. Puis on se dit au-revoir sur le perron, on rentre, on est fatigué ; on est content, on reviendra. On se couche, on dort mal, on a du mal à se réveiller, on se complet dans le confinement sous une couette, épaisse comme une croûte entre son imagination et on ne sait quoi de pénible à affronter. On manque de courage. On se rendort le regard rongé par un songe, puis on se dit qu'on a trop traîné à rêvasser. On doit bien commencer la journée, la faire tourner, pousser les minutes et les secondes, jusqu'à ce qu'on soit entraîné, ensemble, dans ce même mouvement qu'on croit perpétuel et même éternel, comme quand on est heureux ou amoureux, mais qu'on finit par honnir quand on rencontre la déception, mais qu'on finit aussi par ranger, quelque part, dans on ne sait quel partie du cœur vouée à la quarantaine. Et puis on se retrouve, on est ami, amant, on s'en fout, on continue de vivre, de travailler, de manger, de sortir, tiré par les minutes, les secondes. On ne va pas s'arrêter là tout de même, on a le droit à plus, on a pas envie de laisser tomber ! Non ! On gonfle les muscles, on bombe le torse, on gorge d'oxygène le sang, on prend l'air, on reprend le rythme, on utilise de nouveau des objets : on tourne des volants, on appuie sur des boutons, on commande, on active, on s'active, on agite, on s'agite, on oublie, on s'oublie. On sacrifie aux dieux oubliés, ceux d'avant, quand on était soumis, quand on pouvait faire des vraies choses, quand on avait l'autorisation. On veut être libre, mais quand on est libre, on n'a plus l'autorisation, on croit qu'on ne peut plus rien faire. On veut pouvoir choisir, on doit pouvoir choisir, on se soumet au choix du choix. Sinon à quoi bon ! On s'illusionne sur le sens de la vie, celui qui dit que la vie a un sens, mais on ne sait pas lequel. On badine parce qu'on a badé à l'unisson : union sans arme, larmes sans oignon. On patine dans le bad et on se soumet. On n'aime pas avoir peur, la peur, c'est le dark ; il n'y a rien de pire ni de plus vrai. On attend.,, Parfois on lutte mais on se tait; on préfère rester discret. Dans le giron du Léviathan, pas de ronde. On aimerait lui faire un croche-pied, mais on les lui lèche. On n'est pas vraiment fier parce qu'on se sent tout petit. Microscopique. D'ailleurs on le rappelle souvent : on est de la vermine dont on doit se débarrasser. Alors on achète des armes et on se tue. D'ailleurs, on se demande comment il se fait qu'on doive encore chasser la vermine car bien qu'on ait exterminé toute la vermine on continue de dire qu'il faut continuer de chasser la vermine. On a passé la cap d'épouser la Confusion ! On perd la raison et on perd la maison dans laquelle on ne retrouve plus rien, parce qu'on y habite plus, enfin si, on y habite, mais on ne reconnaît pas ses occupants. On dit qu'on a perdu son identité. On s'abreuve avec la Confusion. On sait qu'on se connaît, on sait qui on est, on ne veut plus entendre toutes ces foutaises. On en a marre, on est (presque) au bout, mais à bout , on se révolte (enfin), on se fait enfermer, on est en isolation. On disparaît.